• AFFFAIRE CHARLES DUNANT

     

     

     

    En 1983, une jeune fille du même institut que les disparues était enlevée et torturée. A-t-elle été la seule?

     
     
    Par SANTUCCI Françoise-Marie
    Libération

     

     

    Depuis vingt ans, la région d'Auxerre bruisse de rumeurs: des notables adeptes de ballets bleus ou de ballets roses, des réseaux de prostitution, des protections et des dossiers étouffés.

      

    A l'heure actuelle, rien ne permet de le prouver. Mais il y a des histoires étranges. Celle d'Appoigny, par exemple, un village non loin d'Auxerre.

      

    Salle de torture. Le 22 janvier 1984, les policiers débarquent allée des Violettes, au domicile de Claude et Monique Dunand. Ils découvrent, dans la cave du pavillon, une jeune femme entravée sur une croix, torturée. C'est une autre jeune fille, séquestrée au même endroit pendant plusieurs mois, qui a donné l'alerte après avoir réussi à s'enfuir.

      

    Toutes les deux sont brûlées au fer, victimes d'éventrations que les «clients» de Claude Dunand leur infligeaient. Car, dans la cave, on venait consommer de la torture, avec les tarifs affichés sur la porte.

      

      

    A l'intérieur du pavillon, les policiers saisissent deux carnets, qui contiennent la liste des adeptes. Des clients. Hormis pour un ou deux d'entre eux, on ne remontera jamais les pistes. Et pour cause: les carnets ont disparu du palais de justice d'Auxerre. Un magistrat de l'époque l'affirme, un avocat confirme: «Ils ont été retirés de l'instruction, jamais exploités.

      

    L'affaire Dunand a été étouffée. Il y avait des réseaux, mais on n'a pas trop cherché.» Un exemple: l'enquête avait établi que Claude Dunand déménageait souvent, qu'il choisissait des pavillons isolés où il décorait avec soin sa salle de torture. «Mais on n'a rien fouillé, nulle part.»

      

    Autre bizarrerie : si Dunand se livrait à de telles pratiques depuis longtemps, comment imaginer, avance le même avocat, qu'il n'y ait pas eu d'autres victimes? «Les deux jeunes filles d'Appoigny furent sauvées in extremis.

    D'autres, auparavant, ont dû mourir.»

    Quel serait, alors, le lien avec l'affaire des disparues ? Avec Emile Louis ?

      

    Le fait que l'une des deux filles était issue de la Ddass et auparavant scolarisée à l'IME Grattery, comme quatre des disparues.

      

    Et, pour l'avocat, «peut-être que certaines disparitions attribuées à l'un sont le fait de l'autre». Une chose est sûre, affirme-t-il: « si ça se passait aujourd'hui, il y aurait déjà vingt personnes en prison, on fouillerait partout et on découvrirait des cadavres.»

      

    Le 1er novembre 1991, Claude Dunand était condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par les assises de l'Yonne.

    Lieux de prostitution. Afin d'explorer toutes les pistes, les parties civiles ont demandé à ce que les familles consultent, chez les gendarmes, la circulaire extraite d'un fichier pédophile.

      

    C'était en juillet 2000. Parmi les quelque 500 clichés, souvent anciens et de mauvaise qualité, Ginette Lemoine pense reconnaître sa soeur Françoise, sur la photo numéro 245. Mais, selon les policiers, des «éléments» le prouverait : ce n'est pas Françoise.

      

    Au début des années 80, des témoins affirment avoir croisé certaines des disparues sur des lieux de prostitution. Une piste reprise par Emile Louis lors de son interrogatoire du 16 janvier: après s'être rétracté, il précise avoir vu des hommes, appartenant à «un réseau de prostitution, enterrer des corps».

    Pourquoi n'en dit-il pas plus?

      

    En 1996, après l'une des émissions Perdu de vue consacrée aux disparues, Jean-Pierre Weis reçoit un étrange coup de fil.

      

    Jean-Pierre est le frère de Jacqueline, tous deux enfants de la Ddass et placés chez les époux Louis au début des années 70.

      

    C'est l'ex-épouse d'Emile qui l'appelle. Elle veut parler de Jacqueline. Et raconte ça à Jean-Pierre: « J'ai vu Emile récemment. Il est venu me voir. Je lui ai demandé s'il y était pour quelque chose dans ces histoires. Il m'a répondu, quasiment en pleurs, qu'il ne pouvait rien dire, parce qu'on le menaçait. » 

      

    Jean-Pierre Weis n'en saura guère plus. Depuis, Mme Louis est morte. Comme beaucoup d'anciens témoins, directs ou indirects, de cette affaire.

     

     

     

     

    « Faites entrer l'accusé - Claude Nolibé, le calvaire d'un père Affaire du Docteur BAUD ( non élucidé ) »
    Partager via Gmail Delicious Yahoo!

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires

    Vous devez être connecté pour commenter