• MARSEILLE : LA CRIMINALITE A MARSEILLE UNE VIELLE HISTOIRE ?

     

    MARSEILLE :

    LA CRIMINALITE A MARSEILLE UNE VIEILLE HISTOIRE  ?

     

     

     
     

    Marseille : LES CHANGEMENTS DE LA CRIMINALITE MARSEILLAISE AU SIECLE DES REVOLUTIONS INDUSTRIELLES

    Marseille : Si l’image de Marseille s’est dégradée avec la vague de règlements de compte en 2012, si la cité phocéenne évoque une ville dangereuse, la ville par excellence du « Milieu », Marseille est-elle vraiment la capitale du crime en France ? La violence et la délinquance ont-elles toujours été élevées ?

    Un retour sur le XIXè siècle et le début du XXe montre comment s’est formée l’imaginaire d’un Marseille criminel, que corrobore une expansion de la criminalité. Selon l’historienne Laurence Montel (1), « il n’atteint pas le registre de la littérature avant les années 1880. Avant ces années, s’il existe un imaginaire criminel, il est romantique, nostalgique et passéiste. Il s’organise autour des thèmes de la cour des miracles et de la gueuserie, ancrées dans les vieux quartiers (l’actuel Panier) et ne traduit ni l’existence de zones de non-droit, ni un sentiment d’insécurité véritable ».

    Absence de criminalité organisée

    Dans les décennies 1820 et 1830, les actes de banditisme traditionnel, tels que les vols avec violence, sont très rares, et les pratiques illicites régulières poursuivies devant les tribunaux sont des vols collectifs de marchandises, des trafics de biens volés (recel), de monnaie (fausse monnaie) et des actes de contrebande (vin). Entre 1820 et 1870, ces grappillages portuaires, comme les cambriolages de domaines et de domiciles, engendrent un marché parallèle des biens volés. Un marché d’alcool de contrebande prospère aussi. Mais ces deux marchés ne renvoient pas à une criminalité organisée puissante.

    La criminalité s’accroît sous le Second Empire lorsque la croissance marseillaise marque le pas. A la fin des années 1860, les administrateurs locaux réclament d’ailleurs, sans succès, l’étatisation de la police municipale, c’est-à-dire sa prise en charge partielle par l’Etat.

    Assiste-t-on à la naissance du « Milieu » marseillais ?

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    Marseille : le milieu au début du XX° siècle

    D’après les récits parus dans les années 1960-1990, le « Milieu » naît au début du XXe siècle dans un quadrilatère exigu situé derrière la mairie, où la prostitution était tolérée. Dans les années 1900, la bataille aurait fait rage pour son contrôle, entre les souteneurs de la bande de Saint-Jean, implantés dans le dit quartier, et ceux de la bande de Saint-Mauront, issus d’un faubourg ouvrier moins rentable. Ces souteneurs sont appelés « nervis ». Les récits de leurs affrontements vont inspirer les chroniqueurs judiciaires de la fin du siècle. Cependant, il est discutable de faire l’association immédiate de ces événements à la naissance du « Milieu ». En effet, la criminalité et la délinquance organisées des années 1880-1900 ne se limitent pas à eux. En outre, le lien entre les souteneurs du début du XXe siècle et les grandes figures du « Milieu » de l’entre-deux-guerres ne va pas de soi. Enfin, les violences collectives peuvent aussi s’expliquer par la crise et les transformations économiques qu’a subies Marseille depuis un demi-siècle avec notamment une importante immigration et une industrialisation qui changent profondément le visage de la ville.

    C’est ce qu’explique l’historienne Céline Regnard-Drouot dans son livre Marseille la violente : Criminalité, industrialisation et société (1851-1914).

    Au tournant du siècle, la spécificité marseillaise se situe plutôt du côté des trafics. A côté des trafics locaux, des trafics internationaux se développent à partir des années 1880-1890. Leurs instigateurs tirent profit de la fonction d’interface du port de Marseille. L’activité la plus emblématique de la période est la traite des femmes qui assure la rotation des prostituées dans les établissements locaux et internationaux. Ces évolutions entraînent la réaction de grande ampleur des pouvoirs publics. Le gouvernement étatise la police de la Sûreté et fait de Marseille le siège de la 9e brigade de police mobile. Ainsi, à la fin des années 1900, la figure du « nervi » a imposé la dangerosité criminelle de Marseille comme une réalité nationale sans équivoque.

    Sources :

    Laurence Montel, « Marseille capitale du crime. Histoire croisée de l’imaginaire de Marseille et de la criminalité organisée (1820-1940)« , thèse de doctorat, Université de Paris X Nanterre, 2008, dact., 2 vol., 990 f°.

    Céline Regnard-Drouot, Jean-Claude Farcy, « Marseille la violente : Criminalité, industrialisation et société (1851-1914« ), Presses universitaires de Rennes.

     

     

     

    Marseille, NAISSANCE DU MILIEU MARSEILLAIS : LES PARRAINS S'INSTALLENT. Marseille, Ce sont les années vingt et trente du XXe siècle qui voient véritablement émerger dans la cité phocéenne un crime organisé, le Milieu marseillais. Si l’on peut parler de criminalité...

     

    MARSEILLE :

    LA CRIMINALITE A MARSEILLE UNE VIELLE HISTOIRE  ?

     

     
     

    Marseille, NAISSANCE DU MILIEU MARSEILLAIS : LES PARRAINS S’INSTALLENT.

    Marseille, Ce sont les années vingt et trente du XXe siècle qui voient véritablement émerger dans la cité phocéenne un crime organisé, le Milieu marseillais. Si l’on peut parler de criminalité organisée, c’est parce que les institutions répressives sont confrontées à des malfaiteurs qui élaborent des stratégies diverses et souvent efficaces pour contrer leur action.

    Les figures de Paul Carbone et François Spirito sont emblématiques de ce « milieu marseillais », qui met en place un vaste réseau organisé de contrôle des activité illicites et de vol, au profit d’une élite du crime plus ou moins proche des élites officielles (politique, milieux d’affaires, police, show-business, sport…). Avant eux, des activités illicites existaient à Marseille, mais atomisées entre les mains de nombreux acteurs indépendants les uns des autres (petits proxénètes, etc.). « Surnommés les «Al Capone français», ils nouent leur association dans le proxénétisme. Ils jettent ensuite les bases de la French Connection, qui achemine la drogue de l’Europe vers les Etats-Unis1 ». Leur pouvoir repose notamment sur la proximité avec l’homme fort de la politique locale Simon Sabiani (socialiste indépendant puis fasciste au PPF) puis avec les autorités de la collaboration. Leur règne prend fin avec la fin de la guerre : Carbone meurt en 1943 dans un sabotage de la Résistance intérieure française et Spirito s’enfuit à la Libération de la France.

    L’ère de Carbone et Spirito

    La domination de Carbone et Spirito n’empêche pas d’autres voyous de développer, à plus petite échelle, leurs affaires. Notamment les frères Guérini, en pleine ascension, avec qui Carbone et Spirito passent un pacte vers 1937 : ils laissent aux Guérini la prostitution si ceux-ci ne touchent pas aux autres activités. Mais leur rôle dominant inspire les cinéastes. Carbone et Spirito sont notamment représentés dans le film « Borsalino », avec Jean-Paul Belmondo et Alain Delon (1970).

    En vue d’assurer leur impunité, voleurs et trafiquants font d’abord preuve d’une vigilance « organisatrice » de leur quotidien, indique l’historienne Laurence Montel, visant à retarder leur identification par la police : usage de fausses identités, de prêtes-noms, pratique de la mobilité… En cas d’enquête ou d’information, d’autres stratégies sont déployées, dont l’absence complète de coopération. Les accusés les plus fortunés s’entourent d’habiles avocats. Et la Sûreté marseillaise ne semble plus assurer ses missions avec la rigueur qui s’impose. Manquant d’agents et de moyens modernes comme les voitures et les téléphones, elle ne peut pas quadriller efficacement l’espace marseillais. Les trafiquants profitent aussi des relations de clientèle qu’ils entretiennent avec certains hommes politiques locaux. Tout semble alors concourir à faciliter leurs activités.

    Traite des femmes, trafic d’armes et surtout des stupéfiants

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    Marseille : le milieu

    Dans l’entre-deux-guerres, les trafics – alcool frelaté, jeux prohibés et essor des machines à sous – représentent une part toujours croissante de la répression correctionnelle, et désormais, la principale occupation des hommes du Milieu. A côté de ces trafics toujours ancrés dans l’espace local, les trafics internationaux, prenant Marseille pour pivot, se développent. A la traite des femmes, qui se perpétue, s’ajoute un trafic d’armes plus visible, notamment au moment de la guerre d’Espagne. Mais ces années sont surtout marquées par l’essor du trafic de stupéfiants, dont le pouvoir rémunérateur dépasse celui du trafic de prostitution.

    « L’avènement du milieu marseillais coïncide avec la péjoration de l’image de la ville », souligne Laurence Montel. Si sa dangerosité criminelle s’est affirmée à la Belle Epoque, elle ne s’est vue affublée d’une stature criminelle dominante qu’à partir de la deuxième moitié des années trente. Ce mouvement, que les contemporains ont eu tendance à associer à diverses caractéristiques culturelles et ethniques locales, doit beaucoup, en premier lieu, à l’essor des trafics illicites. Quoique leur pénalisation s’accroisse, ils restent mal réprimés. Une certaine défaillance des institutions locales, tandis que les luttes politiques, très violentes, sont favorables aux collusions entre milieux politiques et criminels.

     

    Petain à Marseille 1940

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    Marseille : L’APRES-GUERRE ET L’ESSOR DU MILIEU

    Après la Seconde guerre mondiale, « les frères Guérini (jusqu’à la fin des années 1960), Gaëtan Zampa (soupçonné d’avoir commandité le meurtre du juge Michel en octobre 1981) ou encore Francis Vanverberghe, dit «Francis le Belge» (assassiné à Paris en 2000) prennent le relais, et sont considérés comme les principaux «parrains» à Marseille. Depuis le début, les relations des gangsters avec les édiles locaux font débat. Une chose est sûre : les frères Guérini bénéficient de leur relation avec le socialiste Gaston Deferre pendant le long mandat de celui-ci à la mairie de Marseille (trente-trois ans ininterrompus entre 1953 et 1986). Mémé Guérini et le futur ministre de l’intérieur de François Mitterrand ont combattu ensemble l’occupant nazi : l’un et l’autre sont d’authentiques résistants. Décoré à la Libération, Mémé – dont le frère eut une attitude beaucoup plus ambiguë pendant la guerre – a d’abord bâti son empire sur la prostitution. Le clan familial cible ensuite l’univers des jeux, où il perdra beaucoup d’argent», explique Frédéric de Monicault dans la revue Historia.

    Les frères Guérini sont habiles. Chacun soutenant une des figures de la politique locale, SFIO ou opposition. En particulier, Mémé Guérini sera un proche de Gaston Defferre. Antoine Guérini a plutôt soutenu des rivaux de Gaston Defferre (Pisani-Ferri, puis des gaullistes dans les années 1960).

    « French connection »

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    Marseille : Bousquet, chimiste de la french Connexion

    Les Guérini vont reprendre et développer les réseaux de la « French Connection » (trafic international de drogue en direction des Etats-Unis) hérités de ceux mis en place par les parrains Carbone et Spirito. On estime généralement que, dans les années 1950-1960, le clan Guérini est l’un des plus puissants groupes criminels d’Europe et sans doute le plus important qu’ait jamais connu le crime organisé français. Dès 1950, Antoine Guérini s’allie avec le boss de la mafia italo-mexicaine, Charles « Lucky » Luciano, pour industrialiser le trafic de drogue.

    La situation des Guérini, jusque là très profitable, va se gâter rapidement dans la deuxième moitié des années 1960. La question de l’assassinat de Robert Blémant, ancien de la DST (le renseignement intérieur français) associé dans des affaires de jeu à Paris, va diviser les deux frères : Mémé, qui joue le jeu de la légalité opulente (avec de grandes fêtes mêlant politique, affaires, show-biz) s’y oppose tandis qu’Antoine y est favorable et fait abattre Blémant le 4 mai 1965. La mort de ce dernier met les Guérini au ban du Milieu européen. L’empire Guérini s’effondre avec l’assassinat d’Antoine Guérini le 23 juin 1967, puis l’arrestation de Mémé Guérini et des autres frères en 1968. Mémé Guérini reste en prison jusqu’en 1978, puis vit écarté des affaires jusqu’à sa mort d’un cancer le 1er mars 1982.

     

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    Gaëtan Zampa et Francis « le Belge »

    Marseille : Gaëtan Zampa

    C’est Gaëtan Zampa (né en 1933 à et issu d’une famille napolitaine) qui va récupérer l’empire Guérini après la chute du clan en 1967-1968. Le règne de Zampa sur Marseille n’est pas de tout repos au cours des années 1970 sera semé d’embûches : le vieil « empire Guérini » suscite les convoitises. Zampa doit mener deux grandes « guerres » des gangs, contre Francis « le Belge » (1972-1973) puis contre Jacky Le Mat (1977), dont il sort affaibli. À cela s’ajoutent les coups portés par la police à la « French Connection » (1971-1972) qui assurait une bonne part des revenus du Milieu marseillais. Après plusieurs années d’incertitudes (1977-1983), le clan Zampa s’effondre brutalement à la suite d’arrestations menées par la police (1983) puis le suicide en prison de Gaëtan Zampa (1984).

     

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    Marseille : Francis dit « Le Belge »

     

     

    Opération de nettoyage

    Après sa disparition, Le Mat et Francis « le Belge » s’associent pour « nettoyer » le clan Zampa afin de s’assurer qu’il ne tentera pas de prendre sa revanche. Entre avril 1985 et février 1987, une douzaine d’ex-lieutenants de Zampa sont tués. Une nouvelle ère se prépare…

    Sources :

    Frédéric de Monicault, le 21 novembre 2012, dans le magazine Historia. http://www.historia.fr/web/quoi-de-neuf/marseille-capitale-francaise-de-la-criminalite-21-11-2012-84368

    Les grandes bandits de l’histoire. Historia Spécial. Mai – Juin 2010.

    Wikipédia

    http://www.theprovenceherald.fr/lapres-guerre-et-lessor-du-milieu/

     

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