• Nom : Thierry Paulin
    Alias : Le tueur de vieilles dames
    Date de naissance : 28 novembre 1963
    Classification : Tueur en série
    Caractéristiques : Vol - Meurtre
    Nombre de victimes : 18 - 21
    Date de meurtres : 1984 - 1987
    Date d'arrestation : 1er décembre 1987
    Méthode de meurtre : Suffocation - Strangulation
    Lieu : Paris, France
    Statut : Décédé le 16 avril 1989


    1 UN HIVER MEURTRIER


    En à peine cinq semaines, et dans un périmètre réduit,
    huit femmes âgées sont sauvagement assassinées.
    C'est le début d'une longue histoire.



    Royaume du clinquant et de l'artificiel, Pigalle est le quartier des sex-shops.
    Le 5 octobre 1984, une vieille dame de 91 ans, Germaine Petitot, est agressée chez elle par deux hommes. Dans son petit appartement de la rue Lepic, au bas de la butte Montmartre, elle est ligotée, bâillonnée et battue avant d'être délestée de ses économies. La malheureuse est dans l'incapacité de donner une description de ses agresseurs. La police enregistre les faits et la déposition vient s'ajouter au dossier déjà trop volumineux qui concerne les attaques de personnes âgées dans le XVIIIè arrondissement. Personne ne peut savoir alors que ce fait divers presque " banal " est en fait un meurtre manqué qui marque le début d'une longue série d'actes criminels. Le même jour, dans le IXè, un arrondissement limitrophe, Anna Barbier-Ponthus a moins de chance que Germaine Petitot.
    Cette dame, âgée de 83 ans, vit seule dans son modeste appartement de la rue Saulnier. En fin de matinée, elle rentre chez elle après avoir fait ses courses. Elle n'en ressortira plus. Selon toute vraisemblance, elle a été poussée à l'intérieur de son logis au moment où elle ouvrait sa porte, puis elle a été battue et étouffée avec un oreiller. Son corps est découvert peu de temps après, bâillonné et ligoté avec du cordon à rideau. On lui a volé 200 ou 300 francs, le peu que contenait son porte-monnaie.

    " ça a toujours été un
    quartier dur. Ici on tue
    pour cinquante francs "
    J.P. PIERRE BLOCH, adjoint au maire du XVIIIè,
    14/11/84
     Quatre jours passent. Le 9 octobre, les pompiers sont appelés sur les lieux d'un début d'incendie rue Nicolet, à nouveau dans le XVIIIè arrondissement. Dans l'appartement à moitié calciné, ils découvrent le corps, pieds et mains liés, de Suzanne Foucault, 89 ans. La vieille dame, résidente du quartier depuis quinze ans, a été assassinée, étouffée par un sac en matière plastique qui lui recouvrait la tête. On lui a volé sa montre d'une valeur de 300 francs et 500 francs en argent liquide.
    Pendant près d'un mois, la série semble s'interrompre. Mais le lundi 5 novembre, boulevard de Clichy, on trouve le corps de Iona Seigaresco, une institutrice à la retraite âgée de 71 ans. Elle a été battue à mort après avoir été bâillonnée et ligotée avec du fil électrique. Le décès remonte au samedi mais n'est découvert que deux jours plus tard, grâce aux enfants de la gardienne venus prendre un cours particulier avec l'institutrice.
    Son absence apparente intrigue les parents des écoliers et la police est alertée. Deux heures plus tard, les forces de l'ordre enfoncent la porte du logement et découvrent le cadavre dans un appartement saccagé. Le ou les assassins ont fait preuve d'une sauvagerie inouïe : la vieille institutrice a le nez et la mâchoire fracturés et un foulard l'étrangle à moitié.
    L'autopsie révèlera qu'elle a toutes les côtes du côté droit brisées. La vieille femme, qui faisait ses courses invariablement tous les jours, vers 12h30, avait été suivie. Cette fois, le crime a payé : les assassins ramassent les 10 000 francs en bons du Trésor que Iona Seigaresco gardait chez elle.
    Deux jours plus tard, le 7 novembre, rue Marc-Séguin, toujours dans le XVIIIè arrondissement, on trouve une quatrième victime. Alice Benaïm est découverte, deux heures à peine après son assassinat, par son fils, André Benaïm, qui venait, comme tous les jours, déjeuner avec sa mère.
    La vieille dame de 84 ans a visiblement été frappée au visage, rouée de coups et torturée. Son ou ses meurtriers ont été d'un rare sadisme : ils lui ont fait avaler de la soude caustique, sans doute pour lui avouer où étaient cachées ses économies. La bouche et la gorge brûlées, Alice Benaïm a été ligotée avec du fil électrique, les mains dans le dos, et jetée sur son lit, bâillonnée avec une serviette-éponge. Elle est morte étranglée. Selon son fils, le butin n'a pas dû dépasser 400 ou 500 francs.
    Cette fois, un voisin a prévenu la presse. En quelques heures, photographes et journalistes sont sur les lieux. L'affaire, dévoilée au public, prend une envergure nouvelle. La presse va consacrer de nombreux articles à cette série noire, qui est loin d'être terminée. Le lendemain, à une vingtaine de mètres à peine de la rue où habitait Alice Benaïm, c'est madame Marie Choy, 80 ans, qui trouve la mort. C'est l'infirmière qui venait soigner la vieille femme à domicile qui la retrouvera morte, étranglée. Le cadavre torturé, jeté sous un lit, est ligoté, avec du fil de fer cette fois, et bâillonné avec une serviette-éponge. L'autopsie montrera, entre autres sévices, qu'elle a eu la boîte cranienne défoncée. Les assassins n'ont pu dérober que 200 ou 300 francs.
    COUPS DE COUTEAU
    Le jour suivant, le 9 novembre, toujours dans le XVIIIè arrondissement, c'est Maria Mico-Diaz, 75 ans, qui meurt, pieds et poings liés, étouffée par un torchon. Son cadavre, portant des traces de coups de couteau, sera découvert par la police sur son lit. Le montant du vol n'a pas dû excéder 200 ou 300 francs. C'est le sixième meurtre depuis le 5 octobre.


    Le corps de Jeanne Laurent, la septième victime en six semaines, est emporté par les policiers.

    Moins d'une semaine s'écoule et le 12 novembre on découvre deux autres corps au cours d'une même journée : un dans le XVIIIè et l'autre dans le XVIIè, un arrondissement tout proche. Mais ces crimes on été perpétrés respectivement six et huit jours auparavant. On trouve d'abord le corps de Jeanne Laurent, 82 ans, elle aussi ligotée avec du fil électrique. L'appartement a été dévasté mais seules des liquidités ont été volées. La vieille dame habitait au dernier étage et son corps est découvert par un ouvrier couvreur qui travaillait sur le toit de l'immeuble.
    Quatre heures plus tard, à 800 mètres de distance, le second cadavre de la journée est découvert. Madame Paule Victor, 77 ans, est trouvée morte, la tête dans un sac en plastique, sous un oreiller. La police est alertée grâce à une jeune voisine qui, en allant aux toilettes communes, a remarqué une forte odeur de putréfaction.
    " Je lui répétais sans cesse :
    Ne sortez pas seule si tard.
    Elle disait oui, mais elle n'écoutait pas.
    C'était sa façon de tromper son ennui "
    VOISINE de Paule Victor


    PREMIER PROFIL
    Entre le 5 octobre et le 9 novembre 1984, en à peine plus d'un mois, il y a donc eu huit meurtres de vieilles dames dans le XVIIIè et dans des arrondissements contigus. Les journeaux parlent " d'un tueur de vieilles dames du XVIIIè arrondissement ", les hommes politiques commencent à s'émouvoir et les forces de police se mettent à quadriller le quartier.
    De leur côté, les enquêteurs font des rapprochements. Les spécialistes se rendent compte qu'un " mode opératoire ", c'est-à-dire la manière d'agir propre à un assassin, est entrain d'apparaître : d'abord, il y a proximité de temps et de lieu, la période octobre-novembre et le XVIIIè arrondissement et ses environs. Ensuite, les victimes sont toutes des femmes âgées vivant seules. Bon nombre d'entre elles ont été repérées par le ou les criminels en fin de matinée pendant qu'elles faisaient leurs courses.
    Dans la plupart des cas les femmes sont attaquées au moment où elles rentrent chez elles, poussées à l'intérieur de leur appartement à l'instant où elles ouvrent la porte,ce qui explique l'absence d'effraction.
    Presque toutes les victimes sont ligotées et bâillonnées. La violence est toujours extrême et immédiate : les criminels cherchent à faire parler par la torture. Ils tuent par étouffement, strangulation, et utilisent à plusieurs reprises des sacs en plastique pour asphyxier. Ils volent presque exclusivement des espèces. Voilà les éléments d'un scénario qui semble se répéter avec peu de variations.


    SES ORIGINES

    Né de parents aussitôt séparés, Thierry Paulin va vite
    révéler un enfant turbulent, à la fois
    ambitieux et peu apte à affronter la réalité.
     
    Thierry Paulin est né à Fort-de-France, en Martinique, le 28 novembre 1963. Sa mère, Rose-Hélène Larcher, est âgée d'à peine dix-sept ans lorsqu'elle lui donne le jour. Son père, Gaby Paulin, le reconnaît, puis disparaît et les quitte, lui et Rose-Hélène, avec qui il n'était pas marié, deux jours après sa naissance.

    Monette,ainsi que ses amis appellent Rose-Hélène, encore si jeune, se trouve bien vite incapable de subvenir aux besoins de cette amorce de famille. Elle confiera donc Thierry à sa belle-mère. L'enfant a dix-huit mois quand sa grand-mère le recueille à l'Anse-à-l'Ane où elle tient un restaurant, le Maman Jojo, en bord de mer. L'Anse-à-l'Ane est une jolie plage martiniquaise, peu fréquentée par les touristes mais où se retrouvent les résidents aisés de l'île. La grand-mère de Thierry, accaparée par son restaurant, ne lui consacrera pas beaucoup de temps ; elle le gardera cependant jusqu'à ses dix ans.

    Le jeune Thierry Paulin, à l'extrême droite, entouré de sa mère, de son beau-père, et de ses demi-frères et soeur. Bientôt, il devra quitter l'île pour rallier la métropole et faire la connaissance de son père.

    La première enfance de Thierry est donc solitaire. Il a l'impression que personne ne s'occupe vraiment de lui et que personne ne le conseille : il manque autant d'amour que d'autorité. Ce ne sera qu'en 1973 que Monette, après qu'elle aura eu reconstitué une famille, reprendra son fils auprès d'elle. Thierry connaît alors sans doute une courte période de bonheur : il joue sur la plage avec ses demi-soeurs, jardine...
    Sa scolarité, toutefois, n'est déjà pas sans accrocs. A l'école des garçons des Trois-Ilets où il est inscrit, le petit Thierry se montre un enfant difficile et violent. Un jour, alors qu'il n'a pas encore douze ans, il menace un de ses professeurs, qu'il trouve le punir trop souvent, avec un couteau de cuisine. Mais il sait aussi user de son intelligence : il interceptera les lettres envoyées par l'école en recommandé pour informer sa mère de l'incident et, surtout, tapera lui-même une réponse à la machine à écrire ( " l'enfant a été sévèrement grondé " ) qu'il authentifiera en imitant sa signature.
    Dans la famille, en même temps, les rapports se dégradent. Elle s'est encore agrandie et le beau-père de Thierry tend de plus en plus à considérer le garçon comme une charge. Aussi Monette, qui a retrouvé la trace de Gaby en métropole, à Toulouse, où il travaille dans le bâtiment, décide-t-elle de reprendre contact avec lui. Plutôt que de verser une pension pour l'enfant, le père de Thierry propose de le prendre avec lui pour qu'il aprenne son métier, plombier ou maçon. Le jeune garçon quittera donc sa mère pour la France.
    Lorsqu'il arrive à Toulouse, s'intégrer à sa nouvelle famille ne va pas de soi : Gaby, qu'il n'a jamais vu, est marié et a deux enfants. Jusqu'à seize ans, Thierry va au collège et passe tant bien que mal son B.E.P.C. Il entreprend alors de préparer simultanément un C.A.P de coiffure et un autre de mécanique et électricité-auto au centre de formation des apprentis de Bordelongue. Mais l'adolescent, comme souvent à cet âge de la vie, est plus préoccupé par ses virées à mobylette avec ses copains que par ses études.


    Thierry Paulin pendant son apprentissage de coiffeur. Peu interessé par le métier, il s'ennuiera vite et ne passera même pas son examen.

    La bande traîne dans les cafés ou les boîtes de nuit, resquille quand elle peut, se bagarre : elle est vite connue. Thierry est le seul noir de la bande, mais il ne semble pas en avoir souffert : il se souviendra de cette époque comme du " bon temps ". Délaissant de plus en plus ses études, il ne passe pas ses C.A.P.
    Pendant quelque temps, il vivotera en vendant des tableaux au porte-à-porte. Gaby lui proposera bien de travailler avec lui, mais il refuse.
    C'est que les deux hommes entretiennent des rapports de plus en plus orageux.
    Désoeuvré, il se résout à devancer l'appel ; il commencera son service militaire en septembre 1980. A Toulouse, il passe d'abord quelques mois à la caserne de Pérignon, au 14è R.P.C.S., un régiment de parachutistes, où il est affecté au salon de coiffure. Malgré son allure de baroudeur, les " bidasses ", jamais réputés pour le tolérance envers l'homosexualité, le rejettent. Pour Thierry, ce nouvel épisode de sa jeunesse est encore une période difficile.

    Le 14 novembre 1982, alors qu'il est en permission, Thierry entre dans une épicerie dont il était un client régulier, rue Ledru-Rollin à Toulouse. Il y entre une première fois et engage une conversation anodine avec l'épicière, Mme Marguerite, âgée de soixante-quinze ans ; il ressort, puis, dix minutes plus tard, refait irruption dans la boutique, le visage masqué par un foulard. Menaçant la pauvre femme d'un couteau de boucher, il rafle le contenu de la caisse : 1 400 F.
    Il a alors à peine dix-neuf ans. Il est arrêté rapidement grâce au témoignage de l'épicière, qui l'a bien reconnu, et est interné une semaine à la prison Saint-Michel. Il est dès lors fiché à l'Identité Judiciaire et jugé le 7 juin 1983 par le tribunal correctionnel de Toulouse. Il écope de deux ans de prison avec sursis pour vol avec violence. Il déclarera au juge qu'il avait volé pour pouvoir s'acheter les vêtements qu'il désirait.
    Les parachutistes du 14è R.P.C.S. à Toulouse ne souhaitant plus l'accueillir parmi eux à nouveau, il se porte volontaire dans la Marine à Paris. Mais on ne veut pas de lui non plus. Il finit cependant par entrer à l'école des fusiliers marins à Lorient, d'où il est vite renvoyé, mais non sans être devenu " matelot breveté ", ce qui lui permet d'être affecté à la base aéronavale de Toussus-le-Noble dans les Yvelines. On l'y intègre dans une " équipe détails ", autrement dit on l'emploie surtout à tondre les pelouses.
    Entre temps, Monette, la mère de Thierry, a rallié elle aussi la métropole et s'est installé à Nanterre. A la fin de sa période militaire, début 1983, Thierry réintègre donc, mais pour peu de temps, la cellule familiale. Il est bientôt familier des milieux homosexuels parisiens et parvient à se faire embaucher au Paradis Latin, près du Quartier Latin, un cabaret pour touristes dont le spectacle fait la part belle aux travestis. Thierry, sans doute, pense approcher son " rêve " : il pénètre enfin un milieu qui l'accepte. C'est alors un garçon athlétique ( il mesure 1,82 m ), toujours vêtu à la dernière mode, un diamant à l'oreille, il arbore une coupe de cheveux géométrique à la Carl Lewis.




    En fait, quoiqu'il raconte à qui veut l'entendre qu'il est chef de rang, voire même qu'il fait partie de la troupe du spectacle, le travail de Thierry consiste surtout à desservir les tables. C'est au Paradis Latin qu'il se liera à Jean-Thierry Mathurin, un Guyanais au rang plus élevé que le sien dans la hiérarchie du cabaret. Les deux hommes ressentent très vite une grande attirance réciproque. C'est sans doute de cette époque que date leur rêve d'ouvrir leur propre cabaret.
    En attendant, Thierry se produit lui-même de temps en temps dans un numéro de travesti au Rocambole, une boîte de nuit de Villecresnes, dans le Val-de-Marne, au sein d'une revue d'amateurs. Un jour, il invitera même sa mère à assister au spectacle, mais celle-ci, choquée de voir son fils travesti en chanteuse de charme, sort avant la fin du tableau.
    Pendant la brève période où Thierry habita chez sa mère, ce ne furent que conflits et cris. Ne travaillant pas pendant la journée, il traîne à la maison, y amène ses amis, aussi marginaux que lui. La situation devient vite insupportable. Elle explose enfin le jour où il menace sa mère de mort parce qu'elle refuse de lui signer un chèque pour une opération de chirurgie esthétique qui lui permettrait d'effacer une cicatrice à la lèvre.
    Il en vient même à frapper au ventre une de ses demi-soeurs enceinte qui tente de s'interposer. Monette prévient la police. En avril 1984, Thierry est donc à la rue ; il loge un temps au hasard des amis et des rencontres.
    Quand, un peu plus tard, Monette quitte Nanterre pour Goussainville, dans l'Oise, Thierry a alors trouvé, provisoirement, une chambre de bonne, rue Béranger dans le XVIè arrondissement, où il a une vieille dame pour voisine. Il fait alors des extras à droite et à gauche dans des discothèques et dans plusieurs restaurants " branchés " des Halles.
    Thierry et J.-T Mathurin décident de vivre désormais ensemble et s'installent Hôtel de Laval dans une chambre à 275 F la nuit. L'hôtel est situé rue Victor-Massé dans le IXè arrondissement, qui jouxte le XVIIIè. C'est alors une période faste de taxis, de restaurants et de boîtes de nuits à n'en plus finir.
    Thierry et Jean-Thierry sont devenus des figures du milieu homosexuel : ils sont de toutes les fêtes " branchées " et flambent dans tous les endroits à la mode. Ils travaillent depuis maintenant presque deux ans au Paradis Latin.
    L'embellie ne dure pas. A l'automne 1984, jaloux, Thierry fait une scène violente à Mathurin en plein restaurant : il casse verres et chaises, renverse les tables, hurle qu'il veut " faire la peau à " Mathurin... Il sont immédiatement jetés dehors. Finis l'argent et le luxe facile : le chômage. Non seulement ils en sont réduits à se contenter d'une chambre moins chère, mais, de surcroît, ils se voient contraints à solliciter de leur hôtel un crédit.
    Pour rembourser celui-ci, et simplement, vivre, Paulin ira au plus immédiatement praticable : escroqueries, vols de chéquiers ou de cartes de crédit, revente de drogue...
    2 MOBILISATION

    Face à la multiplication des actes meurtriers envers
    une population particulièrement vulnérable - des femmes
    âgées et solitaires - la tension monte et gagne toute la ville.
     
    Un climat de peur envahit peu à peu la capitale en émoi, tout particulièrement le XVIIIè arrondissement. La population se met à protester contre l'incompétence de la police, bien que des premières mesures aient été prises dès le 10 novembre. Bon nombre de personnes âgées réclament un déploiement plus efficace des forces de l'ordre.
    La presse s'étant emparée de l'affaire, le public apprend qu'en un mois on a retrouvé les corps de six vieilles dames assassinées sauvagement et qu'il y a très probablement un lien entre tous ces crimes. La découverte, le 12 novembre, de deux assassinats supplémentaires, ceux de Paule Victor et de Jeanne Laurent, met le feu aux poudres.
    La population ne peut pas savoir, à ce moment-là, que ces deux crimes ont été perpétrés environ une semaine avant la découverte des corps, et donc bien avant le renforcement de la sécurité dans le quartier. La panique s'empare des habitants âgés de l'arrondissement.


    EMOTION OFFICIELLE
    Pierre Joxe, ministre de l'Intérieur, va se recueillir le jour même sur les lieux de l'assassinat de Paule Victor. Pierre Touraine, directeur de la P.J., est alors chargé de prendre des mesures d'urgence et dès le lendemain, le 13 novembre, on assiste à un déploiement sans précédent des forces de l'ordre dans le XVIIIè arrondissement : 120 gardiens des brigades d'arrondissement, 35 îlotiers ( des policiers affectés à des zones spécifiques du quartier ), 50 C.R.S. et 50 hommes de compagnies de district sont répartis pour surveiller ce minuscule périmètre, dans un rayon de 1 500 mètres autour de la butte Montmartre, où est censé rôder l'assassin. De plus, l'arrondissement est divisé en quatorze secteurs, et chaque secteur est silloné 24 heures sur 24 par des patrouilles de trois policiers.
    Sur simple demande, ces policiers peuvent se mettre à la disposition de toute personne âgée qui désirerait être accompagnée quelque part. En parallèle à ces policiers en uniforme, plusieurs dizaines d'inspecteurs de la Brigade Criminelle en civil quadrillent le terrain.
    Mais le directeur de la Police Judiciaire est bien forcé d'admettre qu'il n'y a quasiment aucun indice sérieux sur lequel les policiers pourraient se baser pour faire progresser leur enquête. Quelques empreintes ont été trouvées sur les lieux des crimes mais elles ne suffisent pas à fournir le profil d'un suspect éventuel. La police piétine dans ses recherches.
    Après quelques descentes dans les milieux interlopes, en particulier dans le quartier de la Goutte d'Or, les inspecteurs acquièrent la quais-certitude qu'ils n'ont pas affaire à un assassin ordinaire. Le fait que le tueur ne s'attaque qu'à des vieilles dames, qu'il ne vole presque rien mais tue avec une incroyable violence, permet à la police d'émettre une hypothèse : le criminel est sans doute un drogué ou un malade mental.
    " J'invite les personnes
    âgées à rester prudentes
    sans céder à la psychose
    de l'agression... "
    J. FRANCESCHI, Sec. d'Etat aux personnes âgées, 11/84
    Le quotidien Le Parisien sort en première page, le mercredi 14 novembre, un portrait-robot fondé sur le témoignage d'une vieille dame victime d'une agression et persuadée d'avoir identifié le " tueur du XVIIIè ". Une ressemblance frappante amène la police à arrêter, le jour même, Jean-Luc R. qui prenait tranquillement un verre au café " Le Saint-Jean ", place des Abbesses. Interpellé sans ménagement, le sosie du portrait-robot est immédiatement conduit au commissariat Jules-Joffrin pour y être interrogé. Il faut presque quatre heures à la police pour réaliser que l'homme arrêté n'a absolument rien à voir avec les crimes commis. Saisie par la panique ambiante et par l'urgence de dénicher le coupable, la police a pris un peu trop au sérieux un portrait établi sur la base d'un témoignage imprécis et non confirmé, lui aussi dicté par la peur. Jean-Luc R. est immédiatement relâché.

    CONTEXTE : L'IDENTITE JUDICIAIRE
    Section Dactylotechnie de l'Identité Judiciaire. Dans ce service au nom barbare, chasseurs d'empreintes, photographes et dessinateurs travaillent jour et nuit. Alertés par une des brigades de la Police Judiciaire, ils se rendent au plus vite sur les lieux des crimes, une petite mallette à la main.
    Leur première tâche consiste à relever les empreintes sur les murs, portes, armoires, bouteilles et autres objets, sur un adhésif. Cette trace sera observée dans une visionneuse qui l'agrandit cinq fois.
    Une fois ce travail terminé, arrive l'un des dix-sept photographes chargés de mitrailler chaque recoin. Puis, un dessinateur intervient, il mesure au centimètre près toutes les pièces où le drame s'est déroulé et en tire des croquis précis. De retour à son bureau, il reconstitue à l'encre de Chine le plan des lieux sur papier-calque. Ce sont ces photos et ces dessins que les jurés pourront consulter pendant le procès.
    C'est également le dessinateur qui élabore, avec l'aide des témoins, les portraits-robots. Il dispose d'une mallette remplie de transparents : des dizaines de fronts, yeux, nez, bouches, des barbes, etc...
    Le travail du portraitiste consiste à écouter attentivement le signalement fourni par le témoin, parfois à guider celui-ci et à donner le coup de crayon qui donnera la vie à une image plate et sans couleur.

    Le XVIIIè arrondissement est en pleine psychose, et une visite de Claude Estier, député de la circonscription, ne parvient pas à calmer les esprits. Le problème tout entier de la sécurité à Paris est soulevé. En 1984, c'est un gouvernement socialiste, dont le Premier ministre est alors Laurent Fabius, qui est au pouvoir. Les réactions de l'opposition sont vives et M. Chinaud, maire UDF de l'arrondissement, va jusqu'à suggérer la création d'un service " SOS Vieux " pour aider les gens âgés.
     
    Pour tenter d'apaiser les esprits, les élus du quartier convoquent les personnes âgées à une réunion d'information.

    Le vendredi 16 novembre, un rassemblement des personnes âgées est organisé à la mairie du XVIIIè. Chaque personne âgée est convoquée, au moyen d'une carte nominative, par les élus de l'opposition, dont le maire, Roger Chinaud. Celui-ci commence par lire, à l'audience, visiblement inquiète, un message personnel de Jacques Chirac. La salle est comble, il y a environ 2 000 personnes. Malgré les discours politiques rassurants, les protestations et les réclamations traduisent l'affolement du public. L'abrogation de la peine de mort est remise en question. Le maire se veut apaisant et donne un numéro de téléphone qui peut être appelé à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. Les personnes âgées, un peu moins inquiètes, peuvent discuter entre elles et rentrent à leurs domiciles plus calmement qu'elles ne sont arrivées à la mairie.
    " En matière de police et
    de justice les
    compétences de la Mairie
    sont égales à zéro "

    ALAIN JUPPE, adjoint au maire du XVIIIè, 14/11/84
    Pendant ce temps, au commissariat du XVIIIè, c'est l'alerte rouge. Demandes de renseignements ou d'une protection rapprochée provenant de vieilles dames, patrouilles sollicitées pour donner diverses informations et conseils, montrent à quel point le climat de tension est fort et combien la police est sur le qui-vive. Le XVIIIè arrondissement est en état de siège. Il est impossible à la population de l'arrondissement d'ignorer les patrouilles de CRS qui sillonnent la porte de Clignancourt, le boulevard de la Chapelle, le cimetière de Montmartre, le métro Barbès ainsi que le quartier de la Goutte-d'Or.
    L' ENQUETE S'ENLISE


    Pierre Joxe, alors ministre de l'Intérieur, et Guy Fougier, préfet de Police, sur les lieux
    de l'assassinat de Paule Victor.
    Néanmoins, la police ne parvient toujours pas, en cette fin de mois de novembre 1984, à cerner l'identité du ou des meurtriers et les enquêteurs émettent de multiples hypothèses. Aucun indice, aucune trace ne permet à la police de mieux définir son champ de recherche. Les services spécialisés continuent de comparer des milliers d'empreintes digitales entre elles, mais sans succès et les rafles destinées à faire pression sur le " milieu " pour que celui-ci dénonce le coupable restent sans résultats.
    Le temps passe et, peu à peu, la terreur s'apaise dans le XVIIIè, puisqu'aucun autre crime portant la " marque " du tueur de vieilles dames n'est plus commis. Le XVIIIè étant devenu un quartier à haut risque pour Paulin et son ami J.-T. Mathurin, tous deux avaient en effet décidé de quitter la capitale et de " se mettre au vert " pendant un moment dans la ville où Paulin a passé une partie de son adolescence, Toulouse. Là, logeant provisoirement chez le père de Thierry et rêvant d'heures de gloire, ils vont essayer de vivre " normalement ".
    Il faudra encore trois ans à la police et toute une série de nouveaux crimes pour mettre la main sur Thierry Paulin.


     
    3 LA TRAQUE

    L'interruption soudaine de la série d'assassinats
    chasse peu à peu le " tueur de vieilles dames du XVIIIè arrondissement "
    de la une des journeaux. Un an passe,
    lorsque le cauchemar recommence brutalement,
    cette fois dans un tout autre périmètre.
    Thierry Paulin en mars 1986 interprétant " Tout doucement ", un air à succès de la chanteuse Bibi.

    Tandis que des patrouilles de C.R.S sillonnent les rues de Paris, Thierry Paulin et son compagnon Jean-Thierry Mathurin sont désormais à des centaines de kilomètres de là. Les deux amis se sont réfugiés à Toulouse, où le père de Thierry les accueille. Paulin retrouve le quartier de son adolescence et renoue avec ses anciens camarades. Les deux compères s'affichent dans les boîtes fréquentées régulièrement par les homosexuels de Toulouse et dépensent avec ostentation de grosses sommes d'argent.

    Ruptures à Toulouse
    Mais les années qui ont passé n'ont pas aidé à résoudre les querelles familiales. Les disputes reprennent de plus belle entre Paulin et son père, et l'homosexualité désormais manifeste de Paulin n'arrange rien. Le couple que forment les deux jeunes gens connaît, lui aussi, des difficultés et se dégrade peu à peu. Paulin et Mathurin se supportent de plus en plus mal et finissent par se séparer. Mathurin se résout à renter à Paris. Paulin continue seul sa vie de noctambule...
    Séduit depuis longtemps par le monde du spectacle, Thierry Paulin pense de plus en plus à monter ses propres numéros musicaux. Il s'y emploie activement. Il continue à soigner son aspect, qui est sa " carte de visite " et, selon une méthode qu'il continuera d'appliquer dans les soirées parisiennes, il offre largement champagne et cocaïne pour s'attirer les sympathies, réelle ou apparentes.
    C'est à cette même époque que Paulin tente de lancer la Transforme Star, une agence de spectacles de travestis. On ignore encore aujourd'hui comment Paulin a pu se procurer assez d'argent et de relations pour ébaucher un projet d'une telle envergure. Le lancement d'une société commerciale, même modeste, exige en effet de nombreuses démarches, des cautions de toutes sortes et une mise de fonds initiale. Malgré ses efforts, l'entreprise échoue. Toulouse ne réussit décidément pas à Paulin et le jeune homme décide de regagner Paris, toujours bercé par ses idées de gloire. Il ne tardera pas à connaître la célébrité, mais d'une tout autre manière.
    " J'ai toujours été surpris par son calme...
    Pourtant un soir, j'ai appris qu'il
    était violent, il venait de
    tabasser le patron d'une boîte de nuit
    avec une batte de base-ball "
    CO-ORGANISATEUR de la soirée Look d'Enfer
    Un an a passé depuis le 12 novembre 1984 et les policiers du Quai des Orfèvres s'égarent dans de multiples hypothèses. La série de meurtres du XVIIIè s'est interrompue, et rien ne permet aux enquêteurs de se mettre sur la trace du ou des meurtriers.
    Le 20 décembre 1985, dans le XIVè arrondissement cette fois, la découverte du corps d'une vieille dame de 91 ans, Estelle Donjoux, étranglée chez elle, relance l'affaire. Moins de quinze jours plus tard, le 4 janviers, Andrée Ladam, 77 ans, subit le même sort à quelques mètres de là. Après une courte trêve de cinq jours, c'est Yvonne Couronne, 83 ans, qui est surprise et assassinée à son domicile rue Sarrette.
    Ces trois crimes ont été perpétrés dans un rayon de 400 mètres autour de l'église d'Alésia. Chaque fois, le même scénario se répète : la vieille dame est suivie depuis la rue jusqu'à son palier, puis poussée à l'intérieur de son appartement au moment précis où elle ouvre la porte, pour être finalement étouffée ou étranglée.

    CONTEXTE : LE CRIME A-T-IL PAYE ?

    Pour maintenir son train de vie, Paulin avait besoin de beaucoup d'argent et en particulier de liquidités pour payer ses sorties en boîtes de nuit, ses vêtements à la dernière mode et sa chambre d'hôtel. La chambre que Paulin occupait à l'hôtel du Cygne, à 380 francs la nuit, représentait à elle seule un loyer mensuel de 12 000 francs. Par recoupements, la police a pu déterminer que Paulin dépensait de 2 000 à 3 000 francs par jour. Le trafic de cocaïne et le vol de cartes de crédit lui assuraient sans doute une bonne part de son revenu, les vols commis chez les vieilles dames ne représentant qu'un complément presque dérisoire.
    En effet, Paulin ne volait généralement à ses victimes que des espèces, et très rarement des objets. Les sommes volées étaient très peu élevées. Un policier interrogé déclara même qu'un pickpocket de Belleville gagnait mieux sa vie que Paulin.
    La première vague de crimes et celles qui suivirent ne rapportèrent que peu d'argent. Ainsi, chez :
    Anna Barbier-Ponthus 200 ou 300 francs.
    Suzanne Foucault 500 francs et une montre.
    Il n'y eut qu'une excéption, chez Iona Seigaresco, où la somme de 10 000 F en bons du Trésor fut découverte par le tueur, par hasard.
    Alice Bénaïm 400 ou 500 francs
    Marie Choy 200 ou 300 francs
    Maria Mico-Diaz 200 ou 300 francs.
    Et il en fut de même pour les autres victimes...


    Ce rituel rappelle le cauchemar des vieilles dames du XVIIIè, sans pour autant apporter la certitude qu'il s'agit bien du même homme. Au contraire, la composante sadique caractéristique des meurtres du XVIIIè, la violence gratuite dont faisait preuve le tueur jusque-là, semble avoir disparu. Dans cette nouvelle série, le meurtrier opère avec moins de sauvagerie. Il ne torture plus et procède de façon plus rapide, étranglant immédiatement ses victimes ou les étouffant sous des édredons, des matelas ou des oreillers.
    Pourtant, l'ombre du " tueur du XVIIIè " plane sur cette seconde série noire et, pour les personnes âgées, les choses sont claires, le périmètre de la peur a simplement changé de quartier. La liste des crimes n'est pas close, et dans le seul mois de janvier quatre noms vont venir s'y ajouter.
    La situation empire : au cours de la seule journée du 12 janvier, deux femmes sont retrouvées mortes chez elles : Marjem Jurblum, 81 ans, rue Pelé, dans XIè, et Françoise Vendôme, une veuve âgée de 83 ans, rue de Charenton, dans le XIIè ; toutes les deux sont mortes étranglées. Trois jours plus tard, c'est Yvonne Schaiblé, 77 ans, qui est découverte sans vie dans le Vè arrondissement.

    Rue de Charenton dans le XIIè arr., les policiers emportent le corps de Françoise Vendôme. Cette octogénaire, longtemps vacataire au Musée du Louvre, occupait ses journées à peindre. Son corps ne sera découvert que trois jours après sa mort.
    EMPREINTE
    Après plus d'une soixantaine d'interpellations sans résultats dans les milieux suspects - toxicomanes, trafiquants, détraqués - les enquêteurs sont au bord du découragement et le Quai des Orfèvres, à force de comparaisons, se trouve devant autant de points communs que de divergences. C'est pourtant vers la fin de ce mois de janvier 1986 que la police, pour la première fois depuis le début de l'affaire, fait un grand pas en avant.
    Le laborieux travail de comparaison d'empreintes digitales porte enfin ses fruits. Des empreintes relevées sur les lieux de plusieurs crimes commis en 1984 sont bel et bien identiques à plusieurs autres séries d'empreintes relevées sur les lieux des derniers crimes.
    C'est ainsi que la police peut désormais assurer qu'un même homme au moins, sans préjuger des complices probables, fut présent à trois agressions mortelles de 1984 ( une dans le XIXè arrondissement, deux dans le XVIIIè ), une de 1985 ( dans le XIVè ) et trois en 1986 ( dans le XIVè, le XIè et le XVè ).

    Thierry Paulin en mars 1986 à l'Opéra Night,
    une boîte de nuit.


    Cette découverte bouleverse le cours de l'
    enquête. La police détient à présent trois
    éléments : une série d'empreintes, un mobile - le
    vol de liquidités - et un mode opératoire assez
    bien défini. En dépit de la nouvelle panique qui s'
    empare de la capitale, les enquêteurs reprennent
    confiance.
    Le 31 janvier 1986, soit quelques jours après
    les rapprochements effectués par la Brigade
    Criminelle, Virginie Labrette, 76 ans, est trouvée
    morte dans son appartement, rue de Wattignies
    dans le XIIè arrondissement. La police organise
    alors une opération " coup de poing " à grande
    échelle dans la fourmilière du milieu interlope
    parisien. Les rafles et les contrôles dans les bars
    de Pigalle se multiplient.
    De son côté, la Mairie de Paris propose cette
    fois encore aux retraités des accompagnateurs
    bénévoles et la pose gratuite de systèmes de
    sécurité. Au début du mois de février, la série de crimes s'interrompt à nouveau.


    ENCORE UN ECHEC

    C'est rue Censier dans le Vè arrondissement, que le compagnon d'Yvonne Schaiblé la trouve agonisante dans sa salle de séjour. Il prévient ses voisins qui appellent la police. Les secouristes ne parviendront pas à la ranimer. C'est la cinquième victime de cette nouvelle vague d'assassinats.

    Pendant toute cette période, quand il n'est pas entrain de " faire la fête ", Thierry Paulin travaille dans une agence multiservice appelée Frulatti. Pour s'être fait connaître comme un garçon ayant des relations, Paulin est chargé de trouver des contrats aux photographes, mannequins et illustrateurs free lance de l'agence. Très vite, il devient l'homme à tout faire que son patron n'hésite pas à envoyer chez les mauvais payeurs. Créée par un étudiant d'une école de commerce parisienne, Frulatti s'associe en décembre 85 au projet de fin d'année de trois autres étudiants de l'école : une gigantesque soirée supposée être sponsorisée et très médiatisée. Le projet est difficile à mettre en place et Paulin, qui se trouve souvent à l'agence y est associé. Il sera chargé de " vendre " la soirée aux différentes chaînes de télévision. C'est d'ailleurs lui qui trouve la salle, le Cirque d'Hiver dans le XIè arrondissement. Le spectacle est intitulé " Un Look d'Enfer " et l'agence Frulatti auditionne des dizaines d'artistes : peintres, mimes, chanteurs, cascadeurs...
    Le 24 mai 1986, la soirée " Un Look d'Enfer " fait salle comble, 4 000 personnes se sont déplacées, mais on n'enregistre que 450 entrées payantes. Trop d'invitations ont été envoyées et les étudiants, victimes de leur inexpérience, se retrouvent devant des dettes écrasantes. L'agence Frulatti fait faillite et Paulin disparaît dans la nature.
    " Je me disais que c'était un magouilleur
    de première, peut-être un dealer, il avait
    trop d'argent tout le temps "

    EMPLOYEE du Palace, 1984

    Le 14 juin 1986, à nouveau dans le XIVè arrondissement, un huitième meurtre met les nerfs de la police à rude épreuve. Ludmilla Liberman, une veuve de nationalité américaine, a été surprise et tuée par son agresseur alors qu'elle rentrait chez elle. Ce qui porte à seize le nombre de crimes commis suivant le même scénario depuis l'hiver 1984.
    Deux mois passent sans qu'aucun nouveau crime ne soit commis. La Brigade Criminelle est alors loin de se douter que celui qu'elle traque depuis deux ans est " déjà " sous les verrous.
    En effet, en ce mois d'août 1986, mécontent parce qu'un sachet de cocaïne ne contenait pas la dose annoncée, Paulin se rend à Alfortville chez le trafiquant qui la lui fournit. Il menace le pourvoyeur à l'aide d'un pistolet d'alarme et le rosse sévèrement. Le revendeur est si durement malmené qu'il porte plainte auprès de la police. Paulin est arrêté et condamné à 16 mois de prison, pour " vol avec violence " sur un habitant du Val-de-Marne et " infraction sur les stupéfiants ". Avant d'être incarcéré à Fresnes, il est fiché et ses empreintes digitales sont relevées.
    Certaines circonstances expliquent que les policiers n'aient pas fait le lien entre Paulin, arrêté comme petit braqueur de banlieue, et l'assassin parisien des vieilles dames. Les moyens informatiques à disposition de la police étant à ce moment-là encore limités, la comparaison des empreintes se faisait fiche par fiche.
    Un travail excessivement long et méticuleux fut accompli sur 150 000 fiches, mais ce travail portait exclusivement sur des suspects fichés à Paris. Le recoupement n'était donc pas évident.

    4 LA DERNIERE FETE

    Paulin mène la grande vie. Des petits trafics frauduleux
    lui permettent de financer ses goûts de luxe.
    Pourtant, le sourire de ce garçon bon vivant cache-t-il
    un tueur sadique ?

    Pendant plus d'un an, aucun autre meurtre portant la signature du tueur n'est commis. Pourtant, Paulin n'a pas eu à purger la totalité des 16 mois de sa peine ; il quitte la prison de Fresnes au bout d'un an seulement.
    Vers la fin de l'été 1987, fraîchement libéré, Paulin renoue avec ses anciennes connaissances et reprend sa vie de noctambule.
    Toujours décidé à organiser des soirées, Paulin entreprend de mettre à jour son carnet d'adresses. Il se remet à fréquenter les discothèques et les bars homosexuels du quartier des Halles, apparaissant ici et là, plus éxubérant que jamais..
    Paulin fréquente assidûment Le Palace, une boîte de nuit célèbre, située rue du Fg Montmartre, à Paris. Toujours charmant et poli, Paulin dépense sans compter pendant ces soirées : il prend toujours une ou deux bouteilles de whisky qu'il paye comptant et laisse de très gros pourboires, parfois il vient tous les soirs pendant une semaine puis disparaît pendant un mois pour à nouveau resurgir plusieurs soirs de suite.
    Toujours soucieux d'attirer les sympathies, et poursuivant ses rêves ambitieux, il claironne à qui veut l'entendre qu'il est entrain de monter une agence de mannequins. Le portier de l'hôtel du Cygne, où Paulin réside à cette époque, déclarera par la suite que Paulin se faisait aussi passer pour un disc-jockey gagnant beaucoup d'argent.
     
    Paulin ne tue plus, mais dilapide toujours de grosses sommes aux yeux de tous. Il n'a d'ailleurs jamais volé à ses victimes les sommes nécessaires à un tel train de vie. Cet argent provient-il du trafic de cocaïne ou de cartes de crédit volées ? Les deux probablement. La clef de la " réussite " financière de Paulin réside dans l'aplomb dont il fait preuve, un aplomb que vient renforcer sa relative popularité parmi les noctambules à qui il paye à boire. Le petit voyou toulousain est devenu un hors-la-loi branché qui s'est décoloré les cheveux et porte une boucle d'oreille.
    Plusieurs mois ont passé, et brusquement la série noire reprend. Le 25 novembre 1987, Rachel Cohen, 79 ans, est assassinée à son domicile, rue du Château d'Eau, dans le Xè arrondissement et le même jour, à une centaine de mètres de là, rue d'Alsace, Mme Finaltéri, 87 ans, est laissée pour morte par son agresseur, étouffée sous un matelas.
    Deux jours plus tard, toujours dans le Xè, Geneviève Germont, 73 ans, étouffée puis étranglée, succombe au 22 rue Cail.


    " Il bouillonnait de projets...
    il semblait en avoir fini avec
    ses bêtises, avoir tourné la page "
    Me HERVE PAGE, avocat de Paulin,
    dans Le Parisien, 6/12/87


    Le week-end qui suit ses violences, Paulin l'emploie à fêter ses 24 ans. Le samedi 28 au soir, il régale fastueusement ses amis au Tourtour, un établissement du quartier des Halles où il a travaillé comme serveur en 1985. Les trois salles du restaurant sont réservées pour une cinquantaine de convives auxquels il a adressé d'élégants cartons d'invitation. Le jeune homme n'a négligé aucun détail et, grand seigneur, passe la soirée à tenter d'impressionner ses invités. Il a convié son avocat, maître Page, ainsi que toute la faune nocturne qu'il côtoye désormais régulièrement.
    L'addition a été réglée d'avance et en espèces. Le menu raffiné est arrosé au champagne. Paulin est, comme à son habitude, très élégant, en spencer noir, chemise blanche et cravate.
    Le lendemain soir, Paulin invite à nouveau une vingtaine de personnes dans un autre restaurant, à Pigalle cette fois, le Minou Tango, rue Véron. Le lundi encore, il s'exhibe, dans un long manteau gris à la Sherlock Holmes, au New Copa, grande boîte africaine de la rue Caumartin, fréquentée par les diplomates noirs en poste à Paris. Il ignore encore que cette nuit-là est la dernière qu'il passera en liberté.
    En effet, l'étrange ressemblance des derniers crimes avec les meurtres précédents n'a pas échappé aux policiers. Sans attendre de comparer d'éventuelles empreintes digitales, le Quai des Orfèvres réagit en mobilisant tous les commissariats de quartier.
    La Brigade Criminelle dispose en effet d'un atout de taille : Madame Finaltéri a survécu. Elle fournit, une fois rétablie, une excellente description de son agresseur : un grand garçon d'un mètre 80, métis, les cheveux décolorés et portant une boucle d'oreille. Le portrait-robot établi d'après ces renseignements est immédiatement distribué dans tous les commissariats de Paris.


    CONTROLE D'IDENTITE

    Le mardi 1er décembre 1987, à une dizaine de mètres du commissariat de la porte Saint-Denis, dans le Xè arrondissement, le commissaire Jacob discute avec quelques commerçants du quartier dans la rue, le portrait-robot du tueur en poche. Il est en pleine conversation quand son regard croise celui d'un passant, un métis à l'allure sportive. Se fiant à son instinct autant qu'à son expérience, il interrompt sa conversation pour aller demander ses papiers d'identité au jeune homme.

    " L'instinct de flic, croyez-moi, ça existe encore ". Francis Jacob réussit là où bon nombre de ses collègues ont échoué. Il interpelle Paulin tout seul, en plein jour et en pleine rue.

    Celui-ci n'est autre que Thierry Paulin. Il espère sans doute s'en sortir une nouvelle fois, mais la photo de la carte d'identité qu'il présente ne correspond pas à sa physionomie actuelle et éveille les soupçons du commissaire. Emmené dans les locaux du commissariat de la porte Saint-Denis pour une vérification de " routine ", Thierry Paulin n'oppose pas de résistance. Persuadé qu'il est suspecté de se droguer, il montre ses bras, sur lesquels il n'y a effectivement pas de traces de piqûres et exige de parler à son avocat.
    De son côté, le commissaire Jacob découvre que son suspect a déjà été arrêté pour infraction sur les stupéfiants. Il téléphone alors au chef de la B.R.B., la Brigade de Répression du Banditisme, et au chef de la Brigade Criminelle chargé du dossier.
    Les policiers de la B.R.B. emmènent le suspect jusqu'aux locaux de l'Identité Judiciaire pour vérifier ses empreintes digitales et les comparer avec celles du meurtrier des vieilles dames.
    Rapidement, la responsabilité de Paulin, en ce qui concerne une partie au moins des meurtres, ne semble plus faire de doute pour la police.
    Commencent alors les 48 heures de garde à vue à la Brigade Criminelle au Quai des Orfèvres. Pendant 43 heures, Paulin est questionné sans relâche. Il avoue rapidement plus d'une vingtaine de meurtres aux dix policiers de la B.R.B. et de la Brigade Criminelle auxquels il doit faire face. Paulin raconte pêle-mêle les premiers crimes et tous ceux qui suivirent, confondant parfois les dates et les noms des victimes. Aucun remords, aucun trouble ne semble l'effleurer, il est apparemment incapable de mesurer la terrible gravité des crimes qui lui sont reprochés, comme s'il considérait qu'une vie humaine ne pèse ni plus ni moins que celle d'un insecte : il n'hésite pas à expliquer en détail aux policiers la façon dont il opérait, repérant les vieilles dames au marché ou dans la rue, les suivant jusque chez elles, tentant parfois d'engager la conversation pour endormir leur méfiance.
    Très vite, Paulin dénonce Jean-Thierry Mathurin comme étant son complice et donne son adresse. Celui-ci est immédiatement arrêté, rue Vercingétorix, dans le XIVè, au domicile d'un travesti dénommé Joséphine, rencontré alors qu'il travaillait au Paradis Latin.
    Mathurin avouera sans trop de difficulté avoir participé aux meurtres du XVIIIè arrondissement. Paulin puis Mathurin, quelques heures plus tard, sont déférés au Parquet où bientôt commence l'instruction.
    Justice pourtant ne sera pas rendue : à son insu, inexorablement, le Destin s'apprêtait à lui dérober son suspect.

    5 EPILOGUE

    Les suspects sont enfin sous les verrous.
    Une longue et difficile instruction commence.
    Mais le Destin fera qu'il n'y aura jamais de
    procès Paulin.
    C'est le juge Philippe Jeannin qui est chargé d'instruire l'affaire. Dès le jeudi 3 décembre, le magistrat inculpe Paulin pour " assassinats et vols aggravés ". Bien que le jeune homme ait reconnu avoir perpétré plus d'une vingtaine d'assassinats, le juge Jeannin commencera par n'en retenir que dix-hui contre lui, et demandera un complément d'information à propos de trois autres crimes qui demeurent obscurs.
    En effet, le mode opératoire de l'assassin diffère dans ces trois cas : des armes blanches ont été utilisées. Les dix-huit assassinats retenus contre Paulin sont ceux où les victimes ont été étouffées ou étranglées.
    L'instruction de ce dossier retient toute l'attention de l'opinion publique. Le juge Jeannin étudie dans les
    moindres détails les vies passées de Paulin et de son
    acolyte. Pour ne pas avoir à prononcer le nom de Paulin, Mathurin ne se réfère à son ancien ami qu'en l'appelant " l'autre ". Paulin, plutôt calme et souriant, tente de faire adosser à Mathurin la plus grande part de responsabilité.
    Paulin est désormais incarcéré à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis. Il est isolé au quatrième étage d'un
    bâtiment récent, baptisé D3, où sont enfermés les
    prisonniers que l'on souhaite maintenir à l'écart des
    autres détenus. Il s'agit bien donc d'un quartier réservé.

    " Il a gardé une grande maîtrise
    de lui jusqu'au bout...
    rien d'une bête brute qui
    fasse peur dans la rue... "
    COMMISSAIRE JACOB

    En prison, Paulin ne pense qu'à soigner son image, inconscient, semble-t-il, de la gravité des actes qui lui sont reprochés. Comme par le passé, il cultive savamment sa tenue vestimentaire. On lui a coupé les cheveux et ôté sa boucle d'oreille pour qu'il ne puisse pas en faire une arme, mais il a pu conserver deux sacs de vêtements contenant, entre autres choses, plusieurs pantalons, un costume coupé comme un smoking, des chemises blanches, des noeuds papillons. Soucieux de les maintenir en bon état, il demandera même à sa mère de laver son linge pour lui.
    A Fleury-Mérogis, plusieurs gardiens sont chargés de veiller sur Paulin, et quatre autres l'escortent pendant son heure de promenade quotidienne, qu'il accomplit dans une cour fermée par un grillage, sans pouvoir communiquer avec les autres prisonniers.

    Jean-Thierry Mathurin a 22 ans en 1987, lorsqu'il est incarcéré à la prison de La Santé,
    construite en 1867, au coeur de Paris. Elle renferme les prévenus en attente de jugement.

    Enfin célèbre, Paulin semble peu préoccupé par les tristes motifs de cette notoriété et se comporte en authentique vedette. Plongé dans la presse, il collectionne les articles le concernant, allant jusqu'à emprunter de l'argent à sa mère pour pouvoir tout acheter. A aucun moment, il ne pense à organiser sa défense.
    Dans un premier temps même, sa seule préoccupation semble n'être que d'obtenir son transfert à Fresnes, où il avait déjà pris ses habitudes lors de sa précédente incarcération. Il commence par reprocher son enfance malheureuse à sa mère, puis retourne cette haine contre ses anciens amis qui, dit-il, l'ont trahi. Il nie ce que la presse dit de lui, s'offusque qu'on le traite de monstre, laisse entendre qu'on s'acharne sur lui parce qu'il sait beaucoup de choses compromettantes sur bien des gens.
    C'est en de telles circonstances que Paulin renoue avec sa mère. Le 10 décembre 1987, Monette va donc voir son fils au parloir libre de Fleury-Mérogis, un parloir où il n'y a pas de séparation entre les détenus et leurs visiteurs. Paulin, décontracté, est " en civil ". Il charge sa mère de demander à Sarah, sa demi-soeur âgée de 20 ans, de venir le voir. Le 12 décembre, soit deux jours plus tard, Monette, Sarah et une autre demi-soeur de Paulin, Mickaela, vont donc lui rendre visite.
    L'émotion est grande au cours de cette réunion familiale dans le malheur. Paulin promettra même à sa mère de prier et de se procurer une bible.

    Considérée comme la prison " modèle " en France car entièrement informatisée, Fleury-Mérogis inclut un quartier de sécurité perfectionnée où Paulin sera détenu.

    Pendant ce temps, Mathurin est incarcéré à la prison de La Santé. Il n'est pas, lui, isolé, mais partage sa cellule avec un autre détenu. Il lit de nombreux contes pour enfants et semble vouloir préparer son baccalauréat.
    Quelques mois après son arrestation, Paulin est atteint de dépression. C'est, du moins le premier diagnostic. En fait, il s'avère rapidement que Thierry Paulin est atteint du sida et que les premiers effets de la terrible maladie commencent à se faire sentir.
    Homosexuel confirmé et toxicomane occasionnel, Paulin ne pouvait pas ignorer qu'il faisait partie des populations à haut risque en ce qui concerne le sida. Un de ses amis interrogé se souvient d'une conversation téléphonique entre Paulin et sa mère, en 1985, au cours de laquelle il se serait vanté d'être atteint du sida.
    En 1986, Paulin avait été hospitalisé à l'hôpital Foch de Suresnes pour une toxoplasmose cérébrale, maladie relativement bénigne, mais qui peut devenir grave dans le cas d'un malade séropositif. Les examens faits à cette occasion ont certainement, dès cette époque, révélé sa maladie.
    L'état du malade empire brutalement un an après son arrestation. Peu après, le 10 mars 1989, Paulin est amené d'urgence à l'Hôtel-Dieu, dans la salle Cusco. Il est placé sous tente à oxygène et nourri par sonde. Bientôt, il tombe dans un état comateux dit de phase 1, c'est-à-dire qu'il est conscient mais ne peut communiquer avec son entourage.
    Il est transféré à l'hôpital Claude-Bernard de Paris, dans le service du professeur Vachon. Soigné à l'aide d'antibiotiques, il lutte contre une tuberculose et une méningite, conséquences de son affaiblissement immunitaire.
    Thierry Paulin meurt des suites du sida dans la nuit du dimanche au lundi 16 avril 1989, à l'hôpital des prisons de Fresnes où il a finalement été transporté. Il était âgé de 26 ans.
    Paulin, ce tueur dont un policier disait : " il tue comme il respire ", n'a pas pu être jugé. Cette mort prématurée le soustrait à la justice des hommes. Malgré ses aveux, Paulin ne sera jamais que le suspect n°1.
     
     
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