Rosemarie, la soeur que l'on interne de force, c'est la grande sacrifiée de la famille ? Le grand tabou du clan ?
Oui, c’est certain. Je me permets de vous lire ici les lignes que je lui consacre dans mon livre : « Le 13 septembre 1918, alors que Rose s’apprête à donner naissance à son troisième enfant, Dr. Good est en retard.
Un retard aux conséquences dramatiques. Le travail a commencé et la tête du bébé se présente, mais reste coincée dans le vagin de la mère. Pendant quelques longues minutes, le cerveau est privé d’oxygène. L’arrivée du docteur Good libère le bébé, mais les séquelles sont irréversibles.
Comme souvent dans ces cas-là, les parents ne remarquent le retard de leur enfant qu’au moment de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Rosemary est un enfant joyeux, mais bien plus lent que ses frères et sœurs. Son retard mental est évident. Rose passe plus de temps avec elle qu’avec les autres.
Les passants de Coolidge Corner voient presque tous les jours se promener la maman et sa petite fille, main dans la main. Souvent, elles se rendent ensemble dans le grand magasin du quartier. Rosemary adore les jolis vêtements. Elle les aimera jusqu’à la fin de sa vie.
Son handicap lui permet cependant une certaine autonomie et même davantage. Ainsi, elle peut, par exemple, s’occuper de ses petits frères et sœurs à la plage. Cependant, manifestement, cet enfant devenu jeune fille ne cadre pas avec l’excellence que Joe et Rose imaginent pour chacun des membres de leur famille. En 1941, le couple se décide à tenter le tout pour le tout pour « guérir » Rosemary. Le risque est énorme. À 23 ans, la jeune fille est confiée à deux figures majeures de la neurochirurgie de l’époque, Walter Freeman et James Watts, pour être lobotomisée.
Le résultat est catastrophique. Rosemary a désormais l’âge mental d’un enfant de trois ans. Elle passera soixante ans au couvent Saint-Coletta, un institut catholique pour personnes attardées, bien à l’abri des regards extérieurs. Tous les Kennedy ne peuvent être des vainqueurs, mais aux yeux du monde, ils doivent l’être. »